Une PLUME … 
DES MOTS, Mes Textes
& Nouvelles

Ici, mes idées prennent forme et les histoires s'écrivent.

En parallèle de la musique et de la photographie, les mots constituent un autre espace de création, complémentaire,  plus intime et plus posé.

Cette page de blog rassemble mes écrits, mes fragments de pensées, nouvelles, ou paroles d'une mélodie. Retrouvez ici un nouveau texte chaque matin, à parcourir au rythme de vos envies.

Bonne lecture ! 

Guido - Christophe Semelier

Reviens doucement 

Le sable garde encore la trace de tes pas
Tu m’écris depuis Oran sur un papier couleur safran
Tu dis que le train part demain que tu reviendras par le même chemin

J’ai laissé la fenêtre ouverte pour le parfum des jardins
Et posé ton vieux foulard rouge sur la chaise près du bassin

Si tu entends mon nom dans le bruit des portes
Ne ferme pas les yeux, je serai là, en quelque sorte

Reviens doucement, sans promesse et sans détour
Pose ta main sur ma main, comme au premier jour
Reviens doucement, la nuit n’a rien effacé
Entre les murs blancs, ton rire est resté

Au marché de Bab El Oued, j’ai retrouvé notre marchand de thé
Il m’a demandé si tu venais, j’ai souri sans savoir quoi penser

Les lanternes au-dessus des tables, dessinaient des ronds sur le pain
Et dans la radio d’un café, une vieille chanson parlait de demain

Si tu entends mon nom dans le bruit des portes
Ne ferme pas les yeux, je serai là, en quelque sorte

Reviens doucement, sans promesse et sans détour
Pose ta main sur ma main, comme au premier jour
Reviens doucement, la nuit n’a rien effacé
Entre les murs blancs, ton rire est resté

J’ai compté les bateaux, depuis le quai jusqu’à l’aube
Chaque voile au loin, me disait que tu approches enfin

Reviens doucement, même si le temps nous surprend
Pose ta main sur ma main, et reste simplement
Reviens doucement, la nuit peut recommencer
Entre les murs blancs, nous saurons nous retrouver

Le sable garde encore, la trace de tes pas
Et mon cœur, sans effort, à gardé ta voix pour moi..

Guido - Christophe Semelier

La Joie 

Il est des matins où l'envie d'écrire est présente, et entre deux rendez-vous médicaux, entre deux perfusions, je n'ai rien d'autre à faire qu'à écrire, qu'à penser ou qu'à réfléchir... alors pourquoi ne pas vous parler de la joie !

Le produit qui goutte doucement au bout du cathéter dicte un tempo que l'on ne choisit pas. Dans ce silence de box blanc, le corps encaisse pendant que l'esprit, par un formidable instinct de survie, prend le large. C’est une parenthèse forcée, un temps arrêté où le monde extérieur continue de tourner sans nous, tandis que nous faisons face à notre propre architecture intérieure. Dans ce décor stérile, où l'odeur de l'alcool à 90 degrés le dispute à la froideur du métal, la pensée vagabonde. Elle s'échappe par la fenêtre entrouverte, va s'accrocher à un souvenir d'embruns salés, ou cherche à raviver la flamme d'une mélodie aimée, d'un accord de guitare ou de la vibration d'une toile oubliée.

La joie, ici, n'a rien d'une évidence béate. Elle n'est pas le fruit d'une insouciance artificielle. Elle ressemble plutôt à une insubordination intime, à un pied de nez discret opposé à la lourdeur des protocoles. Elle surgit là où on l'attend le moins, arrachée au carcan de la maladie, le timbre rassurant d'un soignant qui désamorce l'angoisse d'un mot, la lumière rasante d'un soleil d'automne sur le carrelage, ou simplement le soulagement fugace d'une douleur qui s'apaise. C'est une grâce têtue, un frémissement souterrain qui refuse de s'éteindre malgré les bilans sanguins et les compteurs qui s'affolent.

Et lorsque cette étincelle cherche à s'incarner, elle trouve sa trace sur les lèvres. Rien n’est plus simple ni plus redoutable qu’un sourire dans ces moments-là. Il ne règle rien, n'efface ni la fatigue des cellules ni l'âpreté des traitements, mais il dresse une barricade. Quand la carrosserie fatigue et que le dossier médical pèse lourd sur la table, esquisser ce mouvement est une manière de rappeler à la vie qu’on est toujours là, occupants têtus de sa propre existence. Les traits se détendent, l'air refait surface dans une cage thoracique un peu trop étroite, et la météo intérieure s'éclaircit.

Il y a dans ces couloirs de l'hôpital une humanité brute, sans fard. Ceux qui partagent ces traversées silencieuses se reconnaissent à demi-mot. Un regard complice échangé entre patients, un clin d'œil à l'infirmière qui manie l'aiguille avec dextérité et douceur, et c’est tout un pan de la solitude qui s'effondre. On ne subit plus seulement la traversée, on y remet du lien, de la chaleur humaine. Ce simple contact désarme les peurs et rend la rudesse du parcours un peu plus hospitalière. On s'aperçoit alors que la dignité ne réside pas dans la force brute, mais dans cette capacité à rester perméable à la beauté du monde, même depuis un lit médicalisé.

La joie et le sourire partagent cette même nature d’éphémère et d’indispensable. Ils ne s’accumulent pas dans des coffres-forts, ils ne se programment pas. Ils se vivent dans la fulgurance d’une seconde où tout s’aligne. Ils nous rappellent que le bonheur n'est pas une ligne d'arrivée lointaine, une chimère après laquelle courir, mais une succession de petits riens sauvés du naufrage, une réminiscence de liberté, l'évocation d'un tableau ancien, la promesse d'un prochain voyage à la voile, ou la simple conscience d'être vivant, ici et maintenant.

Alors, entre deux perfusions, entre deux moments suspendus, laissons cette petite musique intérieure reprendre ses droits. C'est un choix lucide, un acte de résistance pure face à la fatalité. Laissons la lumière entrer par les fissures de l'armure, et l'esprit vagabonder là où les aiguilles, fort heureusement, ne pourront jamais l'atteindre.

Guido - Christophe Semelier

L'Art d'être Soi 

L’art d’être soi dans un monde de copies, c’est le grand chantier d’une vie sans garde-fou.

Dès le premier souffle, on nous jette sous les projecteurs d'un théâtre déjà monté. La pièce est écrite, les rôles sont distribués, les décors peints, les trajectoires fléchées. On nous apprend la langue commune, les manières acceptables, et cette manie d'éteindre nos feux pour ne pas faire d'ombre au troupeau.

Pourtant, sous le bruit du monde, il y a un secret plus vaste. Une fréquence pure. La vraie tragédie n'est pas de rater l'or, de couler ou d'échouer. La tragédie, c'est d'exceller dans le rôle d'un autre. C'est d'abandonner son âme sur l'autel de la norme, puis de rentrer seul, le soir, s'enfermer dans la cage d'un regard qui ne nous appartient même pas.

Vouloir plaire à chacun est une abdication lente. C'est effacer son visage dans une eau troublée. Le jugement des autres n'est qu'un miroir truqué, à vouloir s'y ajuster, on s'y rabote, on s'y taille dans la chair. On rabaisse sa propre lumière pour rassurer la pénombre des voisins. On devient une ombre polie, applaudie par des spectateurs de passage qui fuiront la salle au premier coup de vent.

Mais le regard des gens ne parle jamais de nous. Il ne raconte que leurs propres failles, leurs peurs étriquées, leurs rêves abandonnés au bord du chemin. Voir un homme debout, aligné sur son axe, renvoie le résigné à son propre renoncement. Leur hargne n'est que le cri d'une cage fermée.

Au bout du compte, il existe une loi brute, sans détour, on naît seul, et l'on repart seul. De la première traversée jusqu'au dernier ancrage, la seule compagnie constante, c'est cet esprit souverain en nous. Nul autre ne ressent nos tempêtes intérieures, nul ne portera nos doutes, nul ne tiendra la barre à notre place au cœur de la nuit.

Les compagnons de route aussi chers soient-ils ne font que partager un tronçon d'île, une escale, une saison. Puisque la traversée est personnelle, pourquoi immoler nos passions sur le pyral des attentes d'autrui ? Pourquoi sacrifier sa vérité pour un monde qui s'éparpillera demain ?

Tomber les masques est un acte de tri absolu. Cela fait fuir ceux qui n'aimaient que le rôle joué, et libère la place pour les êtres véritables. Ceux qui n'exigent aucune case, ceux qui accueillent la totalité d'un homme ses angles d'or, ses zones d'ombre, ses blessures et ses élans.

Quitter le théâtre, c'est cesser la grande fatigue. Ressembler aux autres demande une énergie folle. Être soi, c'est enfin poser les armes. C'est la fin de l'effort inutile. C'est l'alignement parfait.

Au dernier couchant, quand le silence se fera sur le pont, la seule question qui comptera ne sera pas de savoir si nous avons plu. La seule question sera,  Ai-je honoré ma propre existence, sauvage, libre et sincère ?

Le plus beau cadeau à s'offrir aujourd'hui, c'est de saluer la petitesse d'un sourire distrait, de lâcher les amarres, et de marcher, enfin, vers son propre sommet.

Guido - Christophe Semelier

Abonnez-vous pour me suivre !

"Promis, pas de spam, juste des mots, des photos, et de la musique."

Dernières nouvelles

Après les mots et les notes, l'image s'apprête à sortir de son écran pour s'ancrer dans le réel. Bientôt, mes clichés prendront vie sous forme de posters sous cadre et de t-shirts imprimés, façonnant une galerie d'art éphémère où le visuel se partage et se transmet. Une nouvelle manière de faire vibrer ces tranches de vie, de porter ces regards et ces instants suspendus au-delà du studio. Pour que l'éphémère devienne tangible, et que l'histoire continue de s'écrire, ensemble.

Guido